Du corps à la psyché

Madjid SALI, Psychanalyste, Titulaire formateur à la Société Psychanalytique de Paris, présentait courant 2017, dans le cadre de l’Institut de formation des psychanalystes à Lyon, le texte :

Du corps à la psyché

L’émergence et le développement d’une psyché avec ses spécificités, ses singularités et ses propres lois, à partir du soma qui en est le support est la question qui travaille Freud dés le début. Si cette question traverse toute son œuvre elle reçoit très tôt des modalités fondamentales de réponse qui ne seront jamais remises en cause par lui, même s’il est évident qu’elles s’enrichissent régulièrement des avancées de la sorcière métapsychologie.

Nous avons travaillé cette question au travers de la théorie de l’étayage ; je vous propose de poursuivre dans la même veine avec celle de la représentance. 

Avant Freud ou plus exactement avant la psychanalyse, prévalait l’idée d’une dualité corps esprit, d’un dualisme irréductible : l’esprit ou l’âme impérissable vient habiter un corps périssable.

Cette dualité était, et reste bien entendu, le fond de commerce de la religion. Elle correspondait à la nécessité de rendre conforme la « nature humaine » aux exigences de la conception d’un dieu bon mais sévère  et d’un au-delà auquel le corps n’accède évidemment pas puisque tout un chacun peut en voir la déliquescence dans ce monde-ci. La notion d’âme, avec des invariants au sein de la diversité, est aussi issue de l’exigence de la croyance religieuse bien avant les religions monothéistes. C’est aussi au début une protestation contre la détresse, et la mort irreprésentable, bref… (cf. Freud « malaise dans la civilisation »,  « l’avenir d’une illusion »).

Cette dualité est aussi l’appui d’une philosophie imprégnée de la pensée magique et religieuse. Elle-même confrontée à l’invraisemblable pensée de la mort et de l’essentialisme – les causes en sont nombreuses et nous n’avons pas ici les moyens pour aller plus loin. Qu’il nous suffise de savoir que la philosophie, une certaine philosophie, s’appuie fermement sur un dualisme, psychophysique du coup. 

Le dualisme psychophysique porté par la pensée religieuse est relayé en ces temps là dans le domaine de la médecine, comme dans bien d’autres :

D’un côté les formules comme « je le pansais dieu le guérit » ou « au médecin le corps, au prêtre l’âme » etc.… montrent bien la séparation corps/âme liée à l’influence religieuse.

De l’autre côté : la médecine, progressant à grand pas, a soudain la prétention d’annexer l’esprit à ses compétences, sans en avoir de bonnes. Le psychisme est réduit au fonctionnement conscient du cerveau. D’où émerge l’idée, de facture infantile, que l’étude du cerveau suffira à toute connaissance du psychisme réduit à sa dimension consciente. Ce qui bien sûr, insuffisant qu’il est, entraine déception et restes qui sont alors délaissés, jetés hors de la médecine vers les religions, les voyants, les guérisseurs etc. 

L’introduction par l’école de médecine française de la conception de la maladie à partir de la lésion élémentaire, avec le succès retentissant qu’on sait et à la logique grammaticale parfaitement novatrice, lui donne encore plus d’espoir pour l’annexion du fonctionnement mental à ses compétences. Ce qui nous importe là c’est que la médecine prétendant une compétence sur le trouble psychique, postule la continuité à la fois organologique cerveau-pensée (réduite à la conscience) et fonctionnelle : c’est la théorie des correspondances, des projections point par point chères aux neurologues.

La question de l’âme en son acception spirituelle reste séparée, la médecine ne s’en occupe pas et n’en dit rien. Le dualisme corps âme persiste donc et reste finalement prévalent. 

Tout d’abord notons que la question telle que posée par la psychanalyse évitera l’opposition  corps et conscience, mais concernera les rapports corps et inconscient. La constitution du psychisme en lien avec le corporel est inconsciente pour sa part la plus grande, voire totalement. Elle est la première forme de l’inconscient constituant ainsi la base de la matière psychique primaire. Le psychisme se donne, en retour, des représentations inconscientes de ce champ corporel source.  Cette perspective est totalement novatrice. C’est là le fondement de la psychanalyse.

Ce point, base de la pensée freudienne, réduit le dualisme psychophysiste régnant, écarte l’âme du religieux et celle de la philosophie quand celle-ci se mêle de séparer une âme spécifique.

Au monde psychique une autre monnaie a cours (Freud). Elle est à découvrir.

L’hystérie l’indique sans le révéler suffisamment  en ces premières explorations (Etudes sur l’hystérie). Par ses symptômes, ses paralysies, ses anesthésies qui prennent des localisations et des répartitions non académiques, apporte un démenti grave aux prévisions et aux préconisations de la faculté de médecine. Les anesthésies, les paralysies et autres symptômes de l’hystérie ne répondent pas à ce qu’auraient attendu les observateurs s’ils se réfèrent à la logique médicale universitaire des répartitions. Leurs topographies, leurs répartitions répondent à une fantasmatique convertissant dans et par le corps le conflit psychique. Cela ressort donc de la production psychique construisant une représentation (inconsciente) du corps et non de la modalité des projections cérébrales, point par point, en topiques corticales.

Une autre logique, une autre langue, une autre monnaie d’échange demandent à être connus. 

L’autre monnaie, celle en cours dans la vie psychique, cette autre réalité, c’est le ph(f)antasme. Il y a ainsi un autre pays, le psychisme, avec sa propre monnaie d’échange, qui exprime les besoins et les messages du corps. Cette monnaie d’échange (les fantasmes) peut inversement se faire signifier par le corps après change, après conversion en manifestations corporelles. La conversion est à la fois une transcription et une métaphorisation par transport ailleurs du conflit.

Notons déjà que le fantasme s’avérera beaucoup plus complexe (au point que plus tard nous parlerons de « construction » des fantasmes notamment les fantasmes originaires) que prévu. C’est au moins un sang mêlé. Il est hétérogène. Il ne peut constituer la brique élémentaire tant recherchée. La représentation ou plus largement les représentants offre plus de garanties à ce sujet. Nous en reparlerons.  

Ce monde psychique est dés lors signifié comme « Appareil psychique ». Cette nomination est d’une grande importance. Si la psyché fait partie de la vie de l’individu en son entièreté, en son entité, elle en est spécifiée comme appareil distinct et complémentaire. L’appareil psychique est une vie psychique ; tout comme le soma est une vie organique étudiable par l’organologie qui se distingue de la psychologie ; toutes deux appartenant au même règne, celui de la vie, du bios, différemment. Deux ordres différents, et pourtant en lien serré, d’un même règne : celui du vivant. 

Une double contrainte émerge (continuité incontournable, rupture évidente)  qui le conduit à proposer une nouvelle alliance psyché soma. Une nouvelle alliance qui résume à elle seule toute la créativité nécessaire pour penser la vie psychique comme « vie » à part entière, intimement liée au soma. 

Si la frontière entre psyché et soma est à envisager, elle est à concevoir comme une zone limitrophe au sens premier du terme : « limes » en tant qu’espace limite et « trophe », trophisme, lieu d’échanges et d’alimentation mutuelle, sans symétrie pour autant. Cela va d’ailleurs un peu plus loin. Cette zone de séparation trophique est aussi zone par elle-même « trophisante ». Si elle produit de l’excitation par contact, par zone de contact, elle est aussi zone de transposition, de transfert, de transformation.

On pense alors à cette formule de Freud qui dit que la pulsion est la mesure de la charge de travail imposée au psychisme du fait de sa proximité avec le soma : le soma a ses exigences ses demandes à accomplir, la psyché se charge du travail de traduction, de représentation et de satisfaction. La représentance est elle même source de plaisir. La satisfaction à la différence du plaisir seul convoque une (ou plus) modalité d’accomplissement qui implique plaisir et objet, par l’objet. Le plaisir introduit là est la forme de rétribution de base pour les opérations menées. Ce mode d’échange se généralise en principe : le principe du plaisir. Freud en formalise de façon saisissante l’expression : « En échange d’une prime de plaisir, il (le corps), matière périssable, est porteur d’une matière impérissable ».  

Deux concepts sont forgés dans le but de conjoindre ces deux contraintes à première vue inconciliables : continuité et rupture. La nouvelle alliance sera fondée principalement sur (au moins) deux innovations sans égal dans les sciences du vivant,  décisives par leur valeur fondatrice de la vie psychique. C’est sur elles que se fonde l’apport de la nouvelle science analytique pour formaliser ce passage du corps à la psyché. Etayage et représentance.

Nous avons traité de l’Etayage ; nous parlerons ici de la représentance. 

 

La délégation représentative.

C’est le produit du  processus de représentance fournissant les représentants psychiques de la pulsion dont les sources sont corporelles : représentants représentations et représentants affects. De l’excitation physiologique, corporelle, on transmute vers la pulsion psychique, encore porteuse des caractères prépsychique en cet espace de co-trophisme.   

La première réponse offerte à la question du lien articulatoire entre les racines biologiques (somatiques et corporel) et la psyché, dès cette époque (1890-95) et qui se maintiendra  ensuite, est la représentance de la revendication somatique auprès de l’appareil psychique. Il s’agit pour  Freud de formaliser la façon dont les exigences organiques, biologiques, les besoins naturels en quelque sorte et tout particulièrement sexuels se font représenter, se font entendre, se rendent présents, pour accomplissement, dans la psyché. Il s’agit, on l’aura compris, de la pulsion considérée comme psychique-prépsychique.  

Souvenez vous du travail sur l’étayage. La pulsion sexuelle, pour avoir un destin de représentation spécifique va devoir s’étayer sur les modalités, mieux instinctuellement programmées (on dit aujourd’hui plus volontiers « instructions »), des pulsions d’autoconservation. Nous  notons pour le moment la proche parenté  entre représentance de la pulsion et étayage. Ces deux conceptions sont solidaires. Elles constituent ensemble une organisation intermédiaire (forme déjà d’une tiércéÏte ) déjà psychique, encore prépsychique dont la fonction est d’assurer une forme nouvelle de continuité somato-psychique là où la double rupture (par rapport au monisme strict et à la neurotica) est considérée comme fondatrice.

Le corps est représenté dans la psyché mais sous une forme qui répond aux logiques psychiques. C’est la base de la position freudienne : il existe une représentation inconsciente de la réalité matérielle, de toute réalité à laquelle la psyché est confronté. En premier lieu soi-même et sa pensée pensante. La vie psychique représente toujours, en permanence, inévitablement.

Cette présence représentative, représentation et affect, sert de brique élémentaire à la construction psychique, de la vie psychique.

 

La représentance des pulsions

Ce titre aurait bien pu être, pout reprendre Freud, « Représentants psychiques de force, ou de la vie organique » (Minute de Vienne 12 – 15).

Il ajoute comme chacun sait : « la pulsion est un concept limite entre le psychisme et l’organisme. » 

L’origine de la représentation de la pulsion est ainsi positionnée par Freud au niveau des exigences adressées par le corps, par l’organisme à l’appareil psychique.

Si, disait Green, un seul des concepts principaux chez Freud devait être conservé, ce serait celui de la représentation. C’est dire que ce qui produit la représentation est  un processus essentiel pour faire vivre et comprendre la vie psychique.

L’excitation issue des besoins premiers a, tant que l’appareil psychique ne peut correctement la traiter en représentance, comme destin immédiat l’éconduction via la motricité (cris, pleurs, agitation et plus tard acting). La pulsion est « un morceau d’activité » dira  Freud. Plus tard cette notion sera incluse dans celle plus complexe de l’agiren ( seconde topique).

Notons au passage que ces manifestations de décharge de la tension sont porteuses  de messages à minima (on ne décharge pas n’importe quoi n’importe comment) que l’objet décode, interprète, et tente de satisfaire.  Cet étayage par l’objet est indispensable à la fonctionnalité de l’autre destin de l’excitation qu’est la représentance. 

Dans le titre de cette présentation j’ai utilisé, cela ne vous a pas échappé, le mot représentance et non celui de représentation.

Je voulais insister sur le processus, le trajet, le chemin qui mène de l’excitation organique jusqu’à la représentation, brique élémentaire de la vie psychique. Vie psychique qui de son côté potentiellement est chargée de transposer cette excitation en représentation. La pulsion est ainsi psychique prépsychique. La pulsion passe du corps au psychisme ; elle y portera poussée et sens. Au passage l’excitation se « pulsionnalise ». 

Le terme de représentance n’est en rien une invention récente. Freud l’utilise en de très nombreuses occasions. La lecture contextualisée des textes freudiens montre qu’il s’agit d’un mouvement qui va vers la formation de la représentation mais aussi aux effets, aux fonctions de celle-là dans le psychisme.

On peut donc dire que la représentance de la  pulsion est au cœur du lien de continuité corps psyché. Mais aussi acte éminemment original ; il acte la différenciation de la vie psychique.

Avec l’étayage (ici encore engagé), la représentance est fondamentalement et principalement co-organisatrice d’un passage corps psychè, une forme de continuité, articulant en transposant l’un dans l’autre, qui accepte la rupture fonctionnelle.

Notons ici de nouveau qu’avec ces deux concepts (Étayage et représentance) Freud échappe au psychophysisme  ou au dualisme qui suppose un corps habité par une âme. Ceci sans tomber dans un monisme organologique qui voudrait qu’on traite le corps et son système nerveux lorsqu’il s’agit de souffrances psychiques qui se traitent de façon effective par la « talking cure ».

Une vie psychique différentiée (parfois dénommée Appareil psychique par Freud) avec ses lois et ses fonctions spécifiques en lien de continuité articulatoire avec la vie organologique. Son exploitation répond à ces exigences que constituent continuité et séparation conjointes. 

Une petite difficulté doit être levée. Freud nous engage en un premier temps à penser la pulsion-à-représenter, comme une sorte de stimulation, d’excitation, venant des exigences du corps. Mais d’autres fois il réserve ce terme de pulsion uniquement à son devenir dans le champ psychique. Elle est ainsi tour à tour l’excitation venant du corps ou le résultat déjà un peu psychique de cette même excitation somatique. Concept articulatoire par excellence corps psychè, la pulsion est poussée excitante du corps et stimulation à représentation psychique.

Il est ainsi aisé de trouver deux approches de la pulsion. Elle est dans l’une toute faite, toute constituée dès son entrée dans le champ du psychisme, et dans l’autre le devient, se constitue en pulsion et se psychise au cours même de son trajet intrapsychique. Ce dédoublement peut probablement s’atténuer si l’on distingue potentialités de sens portées par la pulsion et destin de la celle-ci. 

Les potentialités pulsionalisantes de la revendication du corps sont d’emblée présentes. La demande adressée par le corps et ses besoins est déjà pulsion par son action transformatrice sur le champ  psychique qu’elle investit en y portant sens et poussée. La pulsion est porteuse de contenu de sens à signifier. Mais son destin de pulsion, son devenir de pulsion psychique lui vient chemin faisant vers son but, vers son accomplissement, vers une certaine forme de celui-là. Chemin pendant lequel elle s’affirmera de façon prévalente psychique. Tout en se psychisant elle a de fait un effet psychisant pour la topique psychique qu’elle traverse et révèle. Elle transporte donc en elle-même une qualité de demande, une « motion » d’où le terme qu’affectionne Freud de motion pulsionnelle. Ce terme est intéressant car il conjoint l’idée de poussée et de contenu à accomplir, à satisfaire, dans le même mouvement – force, quantité, et sens réunis.

La formalisation de la poussée initiale en représentation est porteuse de plaisir par réduction progressive de la tension et de satisfaction ensuite du fait de la révélation de la signification et de la mise en sens du contenu de la motion. Il s’agit là de la réalisation pas à pas de la composante épisthémophilique de la pulsion. 

Une situation analogue se retrouve à l’autre extrémité du dispositif pulsionnel Freudien, le pôle objectal. L’objet est à la fois source d’intérêt, d’attraction, de séduction -la mère première séductrice- donc d’excitation, à la fois issue, moyen de traitement de l’excitation par sa réponse, lorsque celle-ci est suffisamment satisfaisante. Il est celui qui suscite le mouvement pulsionnel et celui avec et par lequel se jouera le devenir du mouvement pulsionnel dans sa partie psychique. Si la pulsion trouve ses sources dans les exigences du corps, elle trouve en l’objet une attraction et une relance. Si l’objet n’est pas le lieu de la source pulsionnel, il apparaît bien comme un objet ressource précisément. Il est ainsi à différentier clairement de la notion d’objet-source chère à Laplanche tout en montrant l’intérêt de cette approche.  

Toutes les exigences du corps, de ses parties, s’expriment par une augmentation de tension qui stimule et oriente vers un mode d’action adéquat  (on pourrait dire sensé, chargé de sens) qui satisfait l’attente ; sans quoi elle se résout dans une décharge psychomotrice sans satisfaction suffisante. Elle n’atteint pas son objet. C’est une des premières conceptions du traumatique chez Freud. 

La pulsion sexuelle primitive accompagne chacune des satisfactions des revendications du corps, chacun des mouvements instinctuels. Ainsi peut se construire l’étayage des pulsions sexuelles sur les pulsions d’autoconservation. Ainsi aussi peut se comprendre une proto idée de ce qui deviendra la co-excitation libidinale à laquelle Freud donnera une place essentielle.

Les pulsions, plus particulièrement sexuelles, trouvent une petite part de satisfaction dès le début, au travers le plaisir qui accompagne la satisfaction du besoin (autoconservation) par l’objet. Part insuffisante dans l’enfance. Part perdue et recherchée tôt et longuement dans la vie humaine. 

C’est à la pulsion sexuelle, bien entendu, que nous nous intéresserons. Il ressortira un schéma de représentance commun à toutes les revendications somatiques.

L’idée de poussée nous est commune et habituelle, elle fait partie de ce que Freud présentera dans son montage en 4 termes de la pulsion, source, poussée, objet, but.

Cependant on doit souligner qu’existe déjà présent dans le mouvement pulsionnel, dés le départ un contenu de sens à faire advenir par le psychisme. Un sens qui se révèlera et s’organisera au fur et à mesure que la pulsion se psychise, s’engage dans ce mouvement de représentance où la réponse de l’objet est, nous l’avons signalé, significativement impliqué, dés le début. 

Ces étapes de délégation représentative sont bien connues.

Le représentant psychique est le produit psychique premier, la forme initiale, une sorte de représentant-tendance. Il imprime un mouvement global, une orientation générale au psychisme. L’investissement de l’espace psychique par la pulsion rencontre les traces mnésiques perceptives primitives (de l’objet, inévitablement). Il se complexifie ainsi en s’organisant autour d’un représentant-représentation d’une part et d’un représentant-affect, porteur d’un quantum d’affect, de l’autre. Aucun des deux ne peut à lui seul contenir l’ensemble de la pulsion – la satisfaction de l’un ou de l’autre ne peut épuiser à lui seul la revendication pulsionnelle.

La logique freudienne de deux processus, primaire et secondaire, en cours simultanément dans le champ psychique impose naturellement la distribution des représentants en représentants chose et représentant mots. Les processus primaires contiennent essentiellement les représentations chose (ou de chose). Les processus secondaires concernent, eux, les deux : les représentations chose et les représentations mot. Un affect se retrouvera représenté par son éprouvé plus ou moins conscient et repérable puis par le mot, le verbe qui le désigne au sujet lui même mais aussi à son objet entourage. 

La clinique des cas suffisamment névrotiques,  celle des souffrances névrotiques, nous confronte à ce jeu des représentants-représentation et représentants affect, le quantum d’affect. Le passage  de la représentation chose  à la représentation mot de la conflictualité et des affects est sensée être déjà accomplie en grande partie ; permettant que les principales stratégies de traitement psychique des souffrances endurées soient le refoulement, le déplacement, la substitution et mécanismes approchants.

La clinique dite des cas difficiles, celle des souffrances non névrotiques, elle, nous met au contact des revendications pulsionnelles qui n’ont pas encore reçu des représentations adéquates, et plus régulièrement la représentation mot. Le traitement des souffrances non névrotiques et traumatiques exige ainsi un travail préalable de mise en représentation mobilisable (mots-bilisable ?…). Ce sont les cliniques des carences profondes, des identifications cryptiques, mélancoliques, des dénis et de leurs conséquences les clivages du moi.

L’associativité qui est notre guide central dans le traitement est, dans ces circonstances, mise en difficulté. Elle bute en chemin, tourne en rond, la répétition stérilise la recherche du sens, les mots et les choses sont désaccouplés. Ce sont alors le lieu et la façon de son arrêt qui signalent le point de souffrance là où la représentation et ses destins sont défaillants, lieu du trauma, lieu du déni, lieu du clivage. 

Le refoulement, lui, provoque une trajectoire différente. La représentation refoulée pousse vers la conscience, vers son expression et offre ainsi des boucles métaphoriques signifiantes aboutissant au retour du refoulé. Le refoulement puis le retour de ce contenu représentatif enrichissent les champs des extensions métaphoriques offrant là la forme la plus favorable pour l’exercice du travail analytique.

 

 

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