CONFÉRENCES LIBERTÉ DE PENSER


LIBERTÉ DE PENSER

« Je reconnais mais ne tranche ».
Cette devise de Montaigne (1533-1592)*, gravée sur des pièces à ses armes, reste d’une grande modernité. Dans Les Essais, il veille à bannir les certitudes et laisse libre cours à ses pensées.
Tout en reconnaissant le bien-fondé des lois sociales et en respectant les croyances de chacun, Montaigne n’en acceptait aucune comme définitive. Pour lui, l’homme a la possibilité et le pouvoir de faire naître en lui la liberté de penser. Il se dépeint comme un sujet qui s’observe pour révéler, comme il l’écrit, son « moi dans son entière nudité », pour se comprendre et comprendre le monde.
« Penser, c’est peser, contre-peser, peser le pour et le contre ; la pensée a du poids », comme le disait Didier Anzieu**, qui ajoutait : « la pensée, c’est une activité lourde qui oscille entre la pesée et le pensum. Penser, c’est aussi suspendre son jugement, c’est soupeser le faux et le vrai, le bien et le mal, le beau et le laid ». La liberté de penser, comme Montaigne nous y invite, c’est l’éloge de l’acceptation de la différence et du conflit.
Que reste-t-il de ces temps féconds d’observation de soi et de l’autre dans notre culture, qui privilégie le culte de la performance, de l’hyperactivité et du scientisme ?
Les modèles éducatifs actuels conduisent à des développements de personnalité qui peinent à s’appuyer sur un surmoi protecteur. Bien souvent, des idéaux collectifs plus contraignants le remplacent. Ils conditionnent les actes et censurent la pensée.
Tout courant idéologique est en effet sous-tendu par un « bien penser » qui se réfère à l’idéal du groupe d’appartenance, ce qui contraint à renoncer à une pensée plus personnelle, plus intime. La réussite sociale se mesure aujourd’hui au degré d’exhibition de l’intimité sur une scène virtuelle.
Sous couvert d’une liberté d’expression idéale, qui peut aussi s’afficher à travers le corporel ou le passage par l’acte, n’y aurait-il pas un risque d’aliénation à croire en une liberté d’expression absolue ?
A l’inverse, la liberté de penser favorise un travail de liaison/déliaison/reliaison incessant, attentive qu’elle est à la conflictualité propre du sujet. La finalité en est l’émergence d’une forme de créativité et d’ouverture au monde.
N’est-ce pas une des fonctions du processus analytique que de faire naître ou renaître cette liberté de penser ?


* Sarah Blackberry, in Montaigne en une question et 39 réponses, 2011
** Didier Anzieu, « Liminaires : le penser, la pensée, les pensées et leur vocabulaire », in Les contenants de pensée, collectif, Paris, Dunod.


Cycle de Cinq conférences - Dix-septième année

Mardi 11 octobre 2016
Les pièges de la liberté
François DUPARC, Psychanalyste SPP et GLPRA

Mardi 15 novembre 2016
Préoccupation maternelle primaire endeuillée, obsessions vengeresses et liberté de penser
Sylvain MISSONNIER, Psychanalyste SPP.

Mardi 13 décembre 2016
L’être humain est-il nécessairement aliéné ?
Geneviève BOURDELLON, Psychanalyste SPP et GLPRA

Mardi 14 mars 2017
Peut-on apprendre à être libre ?
Maja PERRET-CATIPOVIC, Psychanalyste Société Suisse de Psychanalyse Directrice de l’Office Médico-Pédagogique de Genève

Mardi 11 avril 2017
De la liberté de penser au "mentalement correct"
Pierre LAMOTHE, Psychiatre, médecin légiste et criminologue

Comité scientifique
Julien BEN SIMON, Claire IBBA, Christine LAMOTHE, Marc LHOPITAL, Nicolas LOUVET, Dominique REYDELLET, Bernard SAGE, Christian SEULIN
Comité d’organisation
Françoise ARCHIREL, Sophie ROBERT BRONNER, Pascale JAILLET-SAGE

Conférences à venir

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